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Entrevues et réalisations

Nos actions - Entrevue avec Alexandre Beaudoin

Alexandre et ses abeilles
Alexandre lors de la visite des ruches
Le melon de Montréal cultivé à l'UdeM

On le sait : un futur urbain durable passe aussi par la biodiversité et par un système alimentaire bien implanté. Le campus de l’Université de Montréal fourmille de projets en agriculture urbaine. Dans cette entrevue, Alexandre Beaudoin, biologiste et responsable du projet P.A.U.S.E. (Production Agricole Urbaine Soutenable et Écologique) nous explique les avancées de ses divers projets.  (Entrevue par Luce Beaulieu)


Ce printemps, l’Université de Montréal et le projet P.A.U.S.E. ont participé au 24h de science pour la deuxième année consécutive. Peux-tu nous décrire comment ça s’est déroulé?

Cette année au 24h de science, il y a eu un record de 300 ateliers en parallèle, du jamais vu! À l’Université de Montréal, notre thème était « trésors cachés », car nous voulions que le public découvre le boisé ainsi que les activités d’apiculture et d’agriculture, peu connues du public. Nous avons monté un circuit d’interprétation du patrimoine naturel avec un atelier de géomorphologie et interprétation du paysage, un circuit du boisé, une visite aux installations de production de champignons (mycoculture) et de nos ruches bien sûr. Le plus gros groupe faisait 80 personnes! Également, une reine expédiée par envoi postal a été intégrée dans sa nouvelle ruche et pour l’occasion, nous avons organisé un concours « Nommez la reine ». Et bien sûr, la dégustation de notre miel a encore une fois fait un malheur! 

Nous sommes convaincus que toutes ces actions ont permis un certain rapprochement entre les employés de divers services qui ne sont pas amenés à se côtoyer en temps normal. Moi, cela m’a permis de mettre des visages sur des noms que je vois seulement sur des papiers officiels.

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Peux-tu nous en dire un peu plus sur les avancées du côté des activités d’apiculture, justement? Je pense spécifiquement à la caractérisation qui devait avoir lieu cet été. 

Nous avons un début de caractérisation qui nous donne des résultats intéressants. Au niveau de la comparaison des teneurs en sucre, notre miel est égal à la plupart des autres miels non commerciaux au Québec. Ce qui fait notre distinction, c’est la grande diversité des pollens que l’on retrouve dans sa composition. C’est dû au fait que les abeilles peuvent butiner une très grande variété de fleurs aux alentours de l’université.

En ce qui concerne la certification biologique que nous visions, ce ne sera malheureusement sans doute pas atteignable, car nous ne pouvons être assurés que les environs sont absolument exempts de pesticides, certaines institutions ayant droit à des exemptions. Le projet UdeMiel produira sans doute entre 80 et 100 kilos de miel cette année. C’est très bien parti car nous avons déjà obtenu une récolte d’été de près de 30 kilos.

Le projet Miel Montréal quant à lui avance bien. Nous avons installé les trois premières ruches pour notre premier client, le Palais des Congrès de Montréal, et nous effectuons un suivi rigoureux du projet. Nous sommes toujours en pourparlers pour un projet avec la DSP (Direction de la Santé publique de Montréal) et le tout devrait voir le jour l’an prochain. Idem avec L’Oréal et l’arrondissement Saint-Laurent.

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Il y avait eu beaucoup d’intérêt l’an passé pour le fameux melon de Montréal, dont les semences ont été « retrouvées » en Iowa par le journaliste Mark Abley en 1996. Quelle est l’importance des semences ancestrales pour la biodiversité en milieu urbain? 

En ce moment sont produits nombre de documentaires qui tracent le bilan environnemental de la planète et c’est toujours un peu alarmant. Nos pratiques agricoles à l’Université de Montréal, bien qu’à petite échelle, ont pour objectif de contrer certains impacts négatifs. Par exemple, environ 75 % de l’espace en culture aux É.-U. ne sert que pour la production de huit espèces différentes. Choisir la diversité des semis est une manière d’agir pour promouvoir la biodiversité tant au niveau des espèces que pour les gènes.

En plus de cette diversité, nous privilégions des semences originaires de notre patrimoine dans le but de revaloriser les espèces de chez nous en plus de créer un sentiment d’appartenance plus fort avec les gens. Notre choix d’utiliser des semences d’ici qui ont évolué avec notre climat nous donne plus de chances de résister aux aléas des saisons, mais surtout cela nous permet d’aborder le sujet de la biodiversité lors des visites et d’avoir des réflexions sur notre mode de consommation alimentaire actuel.

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Avec P.A.U.S.E., faites-vous déjà ou projetez-vous faire des liens avec les communautés avoisinantes par exemple l’arrondissement de Côte-des-Neiges, la Ville de Montréal, etc. ?

Depuis sa création, P.A.U.S.E. a choisi de réinvestir dans la communauté. Pour l’instant, nous sommes toujours en mode exploration et tentons de découvrir les espèces qui offrent le meilleur potentiel de production. Lorsque le projet aura atteint sa taille optimale (en termes de logistique et de production), nous débuterons les démarches avec Valère (la cafétéria de l’Université de Montréal) et approcherons MultiCaf. On s’est donné trois années de tests pour les récoltes afin qu’à la quatrième année on ait des résultats prévisibles, sur lesquels les cafés puissent compter. Les productions sont bonnes, mais on doit tout peser et caractériser.

Au printemps, P.A.U.S.E. a pu faire une courte présentation de ses activités avec l’écoquartier de Côte-des-Neiges, la SOCENV. Suite à quoi, une dame vivant dans l’arrondissement nous a approchés afin d’entamer des activités sur son terrain. Depuis la mi-mai, P.A.U.S.E. s’occupe de réaménager son terrain tout en reconstruisant son sol. Nous sommes très heureux de pouvoir entamer nos activités plus concrètement dans le quartier tout en mettant en développement nos compétences quant à la production en sol. Un terrain de la sorte nous permet de réfléchir différemment à la production en ville. Nous avons installé des plants pour soutenir une plus grande diversité d’oiseaux et avons comme projet également d'introduire des plantes médicinales. Étant donné les bons résultats jusqu’à maintenant, nous envisageons de nous investir davantage dans ce développement hors campus dès l’an prochain.

Quant aux ateliers citoyens, nous invitons toujours nos bénévoles à mettre la main à la pâte tout en leur offrant une formation sur nos diverses pratiques. À ce titre, nous offrons des ateliers en mycoculture dans les jardins de P.A.U.S.E. Le site d’apiculture de l’Université de Montréal est idéal pour les formations par son accès facile. Il permet également de satisfaire la curiosité de certains lors de visites ou de perfectionner les pratiques de certains néoapiculteurs urbains.

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En cette année de Rio+20 et du lancement du SAM (Plan de développement d'un système alimentaire durable et équitable de la collectivité montréalaise), vois-tu l’agriculture urbaine comme geste citoyen, politique?

Il est évident que le jardin de P.A.U.S.E. s’ancre dans une réflexion politique. C’est dans un souci de verdir la ville, de promouvoir la biodiversité, de mettre de l’avant les circuits courts, de lutter contre les îlots de chaleur, d’agir pour la sécurité alimentaire, d’augmenter les contacts entre les gens de la ville et la nature (en particulier les enfants) et de préserver le patrimoine que P.A.U.S.E. a vu le jour. Des suggestions ont d’ailleurs été en ce sens lors du dépôt de quelques mémoires lors de la consultation publique sur le Plan métropolitain d’Aménagement et de Développement (PMAD).

Mais au-delà des enjeux politiques, nous aimerions approfondir l’aspect thérapeutique du jardinage, c’est-à-dire ancrer davantage les pratiques d’agriculture urbaine dans une approche de santé publique. Il y a des avancées en ce sens au Québec et aussi, à Cuba où je suis allé en mission au mois de juin. Lors de mon voyage, j’ai eu la chance de représenter Montréal pour les aspects agro-urbains et aussi en api-thérapie. Il y a plusieurs composés de l’abeille qui peuvent contribuer à améliorer la santé humaine. À Cuba, plusieurs millions en santé sont économisés grâce aux abeilles. Par exemple, ils ont réussi à développer un miel produit par une abeille spécifique pour traiter les conjonctivites. À Montréal, des étudiantes en soins infirmiers de McGill se sont intéressées à l’impact du jardinage sur la santé individuelle. En effet, il s’avérerait que les odeurs du terreau et des plantes vivantes pourraient aider à contrer la dépression.

Avec P.A.U.S.E., on a une belle plateforme sur des sujets passionnants qui ont le potentiel d’aider à résoudre plusieurs enjeux autant en santé qu’en environnement. On apprend sur le tas, car il n’y a pas énormément de spécialistes à Montréal sur ces sujets-là. Donc on fonce sur toutes les initiatives, on va explorer et voir ce qui est le plus porteur. Vous pouvez nous suivre sur Facebook à : P.A.U.S.E.

À visionner : Les abeilles d'Alexandre Beaudoin
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